Le fameux Diesel-Gate du Groupe Volkswagen qui a éclaté il y a maintenant presque 10 ans a accroché le diesel sur la liste des ennemis à abattre. Complètement décrédibilisée par cette affaire, l’industrie automobile a ensuite tourné son combat contre la pollution automobile en se concentrant sur les émissions des véhicules, c’est-à-dire ce qui sort de leurs pots d’échappement, et rien d’autre. Mais c’était en réalité un arbre qui cachait une gigantesque forêt.
Une nouvelle étude parue le 13 février dans la revue Particle and Fibre Toxicology vient de pointer du doigt un autre danger, largement sous-estimé : la poussière des plaquettes de frein.
La face cachée des émissions routières
L’air que nous respirons quotidiennement tue prématurément sept millions de personnes dans le monde chaque année, emportées par la pollution atmosphérique. Particules fines (PM2.5), oxyde d’azote (NOx) ou ozone (O3), c’est un cocktail empoisonné qui rentre chaque jour dans nos poumons, encore plus lorsque nous habitons en zone urbaine.
Toutefois, ce chiffre impressionnant n’est pas dû simplement aux volutes de fumée s’échappant des moteurs à combustion. Un phénomène, longtemps resté dans l’ombre, joue un rôle prépondérant dans cette somme macabre. Celui des émissions dites de « non-échappement ». De quoi s’agit-il exactement ?
Ce sont des poussières issues des contraintes mécaniques subies par un véhicule dès qu’il est en mouvement : friction incessante entre les pneus et l’asphalte, l’usure des plaquettes de frein, et l’érosion continue des routes. Si la prise de conscience autour de ce type de pollution s’est accélérée à partir des années 2010, la réalité mise en exergue par cette nouvelle étude est très inquiétante.
Dans de nombreux pays européens, ces particules dépassent désormais en quantité les rejets traditionnels des moteurs. Cette tendance est d’autant plus préoccupante que ces particules sont particulièrement fines, voire ultrafines, ce qui les rend plus facilement inhalables et capables de pénétrer profondément dans l’organisme, jusqu’aux alvéoles pulmonaires et même le sang.
À chaque freinage, à chaque virage, à chaque accélération se libère donc dans l’air des millions de particules invisibles, un mélange complexe de substances, comprenant des métaux lourds, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et d’autres composés extrêmement toxiques. Leur petite taille leur permet de rester en suspension dans l’air pendant de longues périodes et de parcourir de grandes distances, contaminant ainsi des zones éloignées de leur lieu d’émission.
Des plaquettes sans amiante, mais pas sans danger
Comment fonctionne le freinage à disque d’une voiture ? Dès que nous appuyons sur la pédale de frein, deux plaquettes viennent enlacer un disque tournant à plusieurs centaines de tours par minute, fixé sur le moyeu de roue. Cette force de friction transforme l’énergie cinétique du véhicule en chaleur (plusieurs centaines de degrés dans les cas les plus extrêmes) et ce frottement ralentit la rotation de la roue, ce qui ralentit ou arrête le véhicule.
C’est certes très efficace, mais les plaquettes, à force d’être sollicitées, s’usent et libèrent ces particules dont nous parlions en première partie. Voilà pour le petit point mécanique/technique, très bien expliqué dans la vidéo ci-dessous (sous titres français disponibles).
En 1999, l’histoire prend un tournant aux accents tragiquement ironique. Face aux preuves accablantes des dangers de l’amiante, le Royaume-Uni a banni ce matériau des plaquettes de frein. Les ingénieurs automobiles, confrontés à ce défi, ont alors développé une alternative : les matériaux organiques sans amiante, baptisés NAO. Une solution qui semblait, à l’époque, conjuguer performance et sécurité sanitaire.
Toutefois, les chercheurs à l’origine de cette étude du 13 février ont reconstitué un environnement pulmonaire miniature, exposant des cellules vivantes aux poussières générées par ces nouvelles plaquettes. Les résultats sont catastrophiques : non seulement ces particules NAO s’avèrent plus agressives pour nos tissus pulmonaires que leurs ancêtres à l’amiante, mais elles surpassent même la toxicité tant décriée des particules diesel.
Le cuivre, nouveau suspect numéro un
Cette toxicité cache un élément chimique bien identifié : le cuivre. Des techniques d’intelligence artificielle ont permis de pointer sa présence massive dans les poussières issues des plaquettes NAO. Les chercheurs ont fait une découverte capitale : en neutralisant le cuivre présent dans ces poussières, leur toxicité diminue considérablement. Un constat d’autant plus alarmant que près de la moitié du cuivre présent dans l’air que nous respirons provient de l’usure des freins et des pneus.
Respirer des particules de cuivre est absolument délétère pour la santé : irritation des voies respiratoires, pneumonie chimique, lésions pulmonaires chroniques, voire même atteintes neurologiques (certaines études ayant suggéré un lien possible entre l’exposition au cuivre et des troubles neurologiques tels que la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson).
La voiture électrique, souvent présentée comme la solution miracle à la pollution urbaine, n’échappe pas à cette problématique. La plupart des VE, plus lourds en raison des batteries embarquées à bord, génèrent davantage de particules d’usure que les véhicules thermiques. Un aspect que même le freinage régénératif ne parvient pas à éliminer.
Face à ce constat, l’Europe s’apprête à agir, même si un peu tardivement : les premiers soupçons autour de cette source de pollution remontant au début des années 2000. Les nouvelles normes anti-pollution Euro 7, qui entreront en vigueur en novembre 2026, imposeront pour la première fois des limites sur les émissions de poussière de freins. Aux États-Unis, la Californie et l’État de Washington ont déjà légiféré pour réduire la teneur en cuivre des plaquettes de frein. Une décision motivée initialement par la protection de la vie aquatique, le ruissellement de ces particules menaçant les écosystèmes marins.
Rien qu’au Royaume-Uni, ces émissions représentent aujourd’hui 60 % des particules polluantes issues du transport routier. Dans l’Hexagone, la proportion est sensiblement la même et elle est située aux alentours de 59 % selon l’Ademe. Un ratio titanesque, nous rappelant que l’heure est venue de considérer avec la même attention toutes les sources de pollution automobile, qu’elles sortent du pot d’échappement ou qu’elles résultent de l’usure mécanique des véhicules.
- Les particules issues de l’usure des freins dépassent désormais en quantité émise les gaz d’échappement de la pollution automobile.
- Composées de substances toxiques comme le cuivre, elles s’avèrent plus dangereuses pour la santé que les particules diesel.
- Elles représentent jusqu’à 60 % des émissions polluantes du transport routier dans certains pays européens, un problème majeur encore peu encadré.
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